L'HISTOIRE DES TERRES CUITES DE L'ISLE-ADAM

 

 

Ou la sculpture d’édition à la fin du XIXe siècle 

Ce sont des oeuvres produites en série à partir d’une matrice réalisée par un artiste : « La terre était estampée, coulée à l’intérieur des moules et une fois assemblée, chaque pièce était systématiquement retouchée et peinte de façon différente,  Ce qui fait que ces pièces produites en petites séries sont toutes différentes : une personne qui achetait une terre cuite de l’Isle-Adam ou de Villenauxe, pouvait légitimement avoir le sentiment d’acheter une œuvre d’art… et tout était fait, d’ailleurs, pour que la clientèle ait ce sentiment là. L’originalité, par le biais des détails qui font la différence, constituait un argument de vente auprès d’une clientèle populaire qui n’avait pas les moyens de s’acheter des oeuvres en marbre ou en bronze, à l’instar des aristocrates et bourgeois. De plus, le même sujet étant souvent décliné en plusieurs tailles, l’acheteur pouvait moduler son achat en fonction de ses moyens.

 

Origine et fabrication

Entre 1890 et 1925, à l’Isle-Adam et à Villenauxe-la-Grande, dans l’Aube, deux manufactures de terres cuites décoratives ont prospéré et fait vivre des centaines, d’ouvriers pendant la période  florissante entre 1890 et 1908, années qui correspondent à la mise en place d’une véritable stratégie  commerciale, avec notamment l’édition de catalogues et de cartes postales par un entrepreneur ambitieux, Alphonse Hanne.

 

Ces terres cuites étaient vendues dans toutes les boutiques de souvenirs du littoral français, de la mer du Nord jusqu’à Hendaye et sur tout le littoral méditerranéen. Non pas à la population locale mais à ces touristes qui ont fait leur apparition à partir des années 1870/1880 et qui , dans le sillage de l’impératrice Eugénie, commencent à redécouvrir la mer, non seulement comme un lieu où l’on pêche et où l’on meurt, mais où l'on peut aussi se délasser.

Ces sujets sont vendus aussi dans tous les bazars de France. On pouvait acheter une casserole en étain ou en cuivre, à côté d’un sujet paysan ou marin …

La vision des paysans et des pêcheurs est idéalisée, on ne les représente ni dans la pénibilité de leur travail ni dans les difficultés de leur condition.

La vie rurale est magnifiée et les scènes de naufrage, sont là plus pour souligner le combat inégal de l’homme face aux forces de la nature - sans négliger les ressources d’intensité dramatique que le sujet fournit à l’artiste - que la dure condition des pêcheurs.

C’est une vision édulcorée de la France, il n’y a pas de regard socialisant. Rien d’étonnant donc si le mineur est remarquablement absent, lequel pourtant, à l’époque, figure aux côtés du paysan et du pêcheur dans « la trilogie de la noblesse du travailleur français ». Zola est passé par là avec Germinal … et le caractère très misérable, misérabiliste même, de la condition ouvrière des mineurs fait que le sujet a sans doute été jugé peu susceptible d’être commercialisé par des marchands ou des boutiques de souvenirs.

 

L’un des artistes les plus prolixes dans la production marine est Joseph Le Guluche.  Sa création s’inscrit dans la filiation du courant réaliste de la grande sculpture du milieu du XIXe  siècle, aux accents souvent romantiques. Le Pêcheur à la coquille  que Carpeaux adressa au Salon en 1858 ou encore La Pêcheuse de vignots  qu’il modela en 1874, furent édités à de nombreux exemplaires et appartiennent au même registre.

Le musée de l’Isle- Adam,  avec celui de Grenoble, sont les seuls à  posséder une collection significative de ces terres cuites qui suscitent depuis les années 1980 l’engouement des collectionneurs.

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